Saison 3 Ep. 2 : une semaine plus tard…

Le roman est sorti dans toutes les librairies voici une semaine… Toutes ? Non. Une poignée de points de vente résistent encore et toujours au Roi du plaquage. Ne les jugeons pas. Car contrairement à toutes les prévisions les plus raisonnables, le livre s’obstine à rencontrer un succès inattendu…
Que la tournée des interviews continue !

Marc Moritz, bonjour ! Alors, une semaine après la sortie, un premier bilan ?
– Eh bien… Disons que toutes les attentes ont été dépassées. L’auteur, lui, ne l’est pas encore, mais ça pourrait venir.
– Ah bon ? C’est le raz-de-marée, la couverture de Lire, les paparazzi, les tables des librairies ? Faites-nous rêver !
– Hé hé… Pour la couverture de Lire, je suis désolé, le rédacteur en chef préfère le Dino Porn (et Asli Erdogan).
– Ah, dommage.
– Quant aux librairies… Une lectrice attentionnée m’a envoyé une photo du livre trônant fièrement sur un présentoir dans un hyper du Pas-de-Calais (merci Aurélie). A Paris, en revanche, si on fait le total des librairies indépendantes qui ont eu l’audace de référencer le livre, on arrive à zéro.
– C’est peu.
– Paris n’a jamais vraiment compris le rugby. Mais ça va changer! A Montmartre, une librairie organise une Soirée Plaquage pour la Saint-Valentin…
– Génial ! Et les critiques, alors ? J’en ai vu de dithyrambiques !
– Oui ! Je m’étais promis de ne pas les lire, mais on ne peut s’en empêcher – surtout quand elles sont aussi sympathiques. Ça fait plaisir. Mais si vous voulez bien, on en parlera dans une autre interview…
– Euh… D’accord, mais vous n’auriez pas un scoop croustillant, juste pour moi ?
– Allez. Je peux vous dire, par exemple, qu’en cette minute-même, le livre est entre les mains de Christian Califano – un ancien grand pilier de l’équipe de France de rugby.
– Noon ! Si ça se trouve, il va adorer !
– Si ça se trouve, il va bien rigoler.
– Hi hi. (la journaliste se rapproche) Et les ventes, dites-moi… Vous n’en parlez pas, mais… Les lectrices s’arrachent-elles le maillot de Romain ?
– Vous voulez vraiment savoir ?
– Oui !!!
– Eh bien… Pour l’édition papier, je n’en sais rien. Mais la surprise, c’est que la version numérique s’est remise à décoller, elle est revenue dans le Top 100, comme en septembre. J’ai regardé hier le classement numérique d’Amazon, le Roi du plaquage était 69.
– 69 ? J’en suis toute retournée.
– Vous voulez un sucre ?
– Non, non, ça va, je vous remercie, je vais rentrer… Vous voulez bien me raccompagner ?

(à suivre)

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Interview exclusive

En préambule de la saison 3…
Car oui, aujourd’hui le Roi du plaquage sort dans le grand monde, dans son format poche aux couleurs chatoyantes, avec son prix encore plus raisonnable que son héroïne !
En attendant la suite des aventures (elles commencent déjà, mais chut! attendons la suite), une interview exclusive de l’auteur réalisée le Jour J…
C’est parti !

– Marc Moritz, c’est donc le grand jour ! Comment vous sentez-vous ? Pas trop tendu ?
– Eh bien… Pas vraiment, non.
– QUOI ?? Mais normalement vous devriez être en train de sauter de joie et de frissonner de peur.
– Euh… Là, je bois un café et je m’apprête à prendre une douche. Comme hier, en fait.
– Mais c’est un jour exceptionnel ! Votre première publication papier, votre histoire qui enfin existe physiquement…
– Eh oui. Mais vous savez, pour l’auteur, un livre qui sort, c’est un peu une page qui se tourne.
– Wow ! Je peux noter cette citation.
– C’est offert.
– N’empêche que, hein. J’ai regardé ce que font les autres auteurs. Normalement, aujourd’hui vous devriez publier un statut « Maman maman je tremble ! » pour que les amies et lectrices viennent vous réconforter…
– Ah ? Je crois que je ne saurais pas faire, désolé. Ce qui ne veut pas dire que ça ne me ferait pas plaisir que des amies et lectrices viennent me réconforter.
– Je peux venir, alors ?
– Allez. Je vais vous faire une confidence : l’auteur est toujours heureux de toucher le cœur des lecteurs comme de caresser la couverture de son livre. Mais s’il se met à croire qu’il peut avoir une quelconque prise sur tout cela, il se prépare un bel ulcère. Mieux vaut qu’il se concentre sur le livre suivant.
– Oh, Marc, mais tant de sagesse, c’est de la folie !
– Vous voyez, on est tous un peu fous, quelque part.

Stay tuned!

S.2 Ep.08 – Gloire matinale

gloire-matinaleLes scénaristes sont parfois facétieux…
(c’est aussi qu’ils sont soumis aux aléas du Marché : comment écrire la fin d’une saison 2 quand on ne sait pas s’il y aura une saison 3 ? Ou quand l’actrice principale est injoignable depuis 2 mois ?)

… Nous avions laissé l’impétueux Marc Moritz aux prises avec une bande de pirates pas très dangereux mais très pénibles, et sans nouvelles de l’indomptable Milady.
Et soudain, alors que 2016 touchait à sa fin, rebondissement !
Notre héros retiré au bout du monde pour écrire un prochain chef d’œuvre, reçoit de bon matin la visite d’un pigeon voyageur. A sa patte, un papier rose signé de Milady, entouré d’un petit nœud façon cadeau de Noël.
– Mon petit Marc, vous savez que vous faites un carton sur la Toile ? disait le mot. Rentrez-donc à Paris, j’ai une surprise pour vous. 

N’écoutant que son cœur et le doux appel des droits d’auteur, Marc enfourcha sa fidèle Clio et fonça vers la ville où l’attendait son éditrice.
– Me croirez-vous si je vous dis que nous avons vendu plus de 1000 Rois du plaquage en numérique ? demanda-t-elle en préparant un café dont elle avait le secret.

Il n’en crut pas ses oreilles. 1000 exemplaires ? Pour un auteur inconnu sans la moindre promotion, ou si peu ? C’était impossible.
Milady sourit de l’incrédulité de son jeune poulain :
– Ce n’est pas encore la gloire, mais vous avez des fans ! Et dites-moi : après avoir cartonné en numérique, ça vous dirait de sortir en poche, avec une belle couverture cartonnée ?
– Vous voulez dire… En papier véritable ?? Avec un prix abordable, et la possibilité d’écrire une dédicace sur la page de garde – un vrai livre, quoi ?
– Rien de moins.
– Mais… Mais bien sûr ! Je peux vous embrasser ?

… Et l’affaire fut conclue.
L’édition de poche sortirait fin janvier, tirée à quelques milliers d’exemplaires.
Il y aurait bien une saison 3.

– Je vous enverrai bientôt le projet de 4e de couverture, il faudra me le valider en vitesse, et puis zou ! à l’imprimerie ! poursuivit Milady. Nous n’avons pas de temps à perdre, les tables de librairies commencent déjà à se garnir.
Et c’est ainsi que Marc Moritz, qu’on avait connu en jouvenceau auto-publié sur une obscure plateforme web dans la saison 1, prit conscience de l’arc narratif qui serait le sien en troisième saison : Le Roi du plaquage allait-il survivre dans le monde troublant et fascinant de la Librairie, ou serait-il avalé tout cru par des monstres de papier ? Suspense !

Marc trembla légèrement, mais il n’en montra rien à Milady.
Il avait hâte.

S.2 Ep.07 – Plouf.

… Cliquez ici pour vous inscrire, disait le site pirate.
Marc savait que c’était une mauvaise idée. Amis, bon sens et commentateurs l’avaient averti du danger, mais il était décidé à le braver, pour cette raison imbécile que connaissent toutes celles et ceux qui, un jour, sortent un livre : il fallait bien faire quelque chose.
Il aurait mieux fait de relire Sénèque, mais le lâcher-prise n’est pas la chose au monde la mieux partagée en tout cas, il se partage moins facilement que des pdf piratés, ricana Marc, qui l’avait encore mauvaise. 

abordage-piratesIl cliqua.
Son plan était simple : s’intégrer l’air de rien dans la conversation, et attendre que quelqu’un sur le forum se dise : « Eh, mais c’est vous l’auteur ?? »
Un peu comme si le capitaine d’un vaisseau de marine marchande montait en habit sur le pont d’un bateau pirate et engageait la conversation avec les matelots :
– Beau temps aujourd’hui, non ?
– Ouaip, on peut pas s’plaindre.
– Ce sont de bien belles étoffes que vous avez là
– Ca? Un petit lot qu’on a récupéré la semaine dernière…
– Et vous l’avez eu comment ?
– Ben, comme d’hab.
– C’est à dire ?
– Bah, on a accosté le bateau et on s’est servi. La routine, quoi. Pourquoi ?
(...)

Bref, c’était perdu d’avance. Mais il se disait que ça lui ferait une expérience – une pierre de plus dans le jardin de la Connaissance du nouveau monde numérique. Et un nouvel épisode haletant pour ce feuilleton.

… Et puis finalement, rien.
Non que notre héros se soit débiné – qu’allez-vous croire. Mais on ne monte pas si facilement sur un bateau pirate.
Il pensait entrer un nom et un mot de passe, et hop, accéder aux forums, mais c’était plus compliqué que cela. Une fois qu’il eût cliqué, on lui expliqua qu’il lui fallait envoyer un mail aux modérateurs. On le renvoyait aussi vers le règlement du site, qui stipulait que
1. les contributeurs n’avaient pas le droit de mettre en ligne des fichiers qui ne seraient pas libres de droit
2. le site n’était responsable de rien.

Et là, tout de suite, le combat changeait de nature. Ce n’était plus Marc Moritz contre Cristine (sans H), Didouchka et les autres. C’était le petit auteur contre le Monde moderne, la déresponsabilisation 2.0, etc.
Il lui restait le choix d’envoyer un mail aux modérateurs, en demandant de faire retirer la page, etc, comme une lettre d’avocat. Tout de suite, côté feuilleton haletant, c’était beaucoup moins intéressant.
Il laissa la nuit lui porter conseil.
Mais la nuit apporta bien plus que ça.
Quand il revint à son ordinateur, le lendemain matin, le site était « en maintenance ». Deux jours plus tard il l’était encore. Et quand il fut de nouveau en ligne, la page du Roi du plaquage avait disparu.
Milady était-elle intervenue dans le dos de son jeune protégé ? Il le saurait peut-être un jour.
En tout cas, pour la piraterie, c’était fini.

… J’entends d’ici la lectrice en colère : Ah ouais, tout ça pour ça !
C’est le lot des feuilletons live : la vraie vie, fût-elle 2.0, n’est pas toujours romanesque.

Mais qu’elle apaise sa fureur. car pour notre héros, l’épisode n’aura pas été vain.
En effet, lorsque le lendemain la fieffée Cristine revint à la charge pour republier le livre sur le forum, il se rendit compte qu’il s’en foutait autant que de son 1er mp3.
Un cap était franchi, on commençait à voguer tranquillement vers le prochain livre.
En attendant, il y aurait encore quelques soubresauts, des lectrices inconnues continueraient de glisser des commentaires inattendus sur Amazon (n’hésite pas, au fait, hein) et ça le mettrait en joie.
Puis bientôt il n’y aurait plus rien que le calme, le travail et peut-être un peu de volupté.

Sisyphe était un auteur de romans, je crois. 

A bientôt!

S2 Ep. 06 : La rançon du succès

Résumé de l’épisode précédent : sans nouvelles de Milady, Marc Moritz affronte seul le monde du Livre Numérique. Les Grands Anciens lui intiment de se concentrer sur le livre suivant, mais Marc a ses faiblesses : un soir, il demande à la Toile des nouvelles de son livre, et là…

… Mais qui Marc avait-il donc vu ?
(musique angoissante, zoom sur l’écran (un peu poussiéreux) de l’ordinateur)
bateau-pirateC’était les mêmes qu’à l’épisode 1 : des internautes vêtues de pyjamas roses qui, dans la plus pure des virginités, s’échangeaient des fichiers piratés en s’exprimant par smileys.
« Epubs français gratuits et libres de droit ! » proclamait le site, comme une provocation.

Libre de droit, mon cul, jura notre héros, qui avait ses faiblesses. Puis il inspira longuement et repensa à la sagesse des Anciens : « le piratage est la rançon du succès, mon petit ; laisse pisser, ça va passer ». Quel succès, au juste?  pensa Marc. Aux dernières nouvelles, il n’était pas JK Rowling, ni David Foenkinos, ni Rihanna.
Sans parvenir à détacher les yeux de l’écran, il se prit à imaginer une scène équivalente dans le monde physique : un pauvre écrivain s’épuisait à la tâche (hum), faisait publier son livre en espérant que de modestes ventes lui permettraient de payer le chauffage, et voilà que juste sous ses fenêtres mal isolées, des gens venaient en distribuer des exemplaires volés dans l’entrepôt, et s’échangeaient des « Oh, merci, c’est super ! » sans un regard pour l’auteur impuissant.

Sur le site en question, on dépassait déjà les dix « mercis » dans le fil de discussion consacré au Roi du plaquage…
– Il faudrait que Milady fasse quelque chose, quand même, se dit Marc en voyant, en direct, s’afficher un « Merci merci !! » accompagné d’un émoticon façon sourire sardonique.
… Et puis non. C’était à lui d’agir (ou pas).

Mais que faire ? Ruer dans les brancards ? Il n’était pas sûr de vouloir prendre le risque d’un retour de bâton (« eh, rentre chez toi, l’auteur, on s’en fout de toi, on est sur le web on est chez nous, on fait ce qu’on veut!).
Signaler le site à une autorité quelconque ? Ça manquait de classe.

Non, il savait : il allait s’inscrire sur ce forum, sous son nom. Il n’allait surtout pas râler, mais tranquillement s’inviter dans le fil de discussion, et demander la bouche en cœur si Babouchka et les autres étaient satisfaites de leur lecture.

C’était un plan totalement foireux, c’était sauter à pieds jouer dans un panier de crabes, mais qu’à cela ne tienne, il avait envie de tenter l’expérience.
Pas encore membre? disait une fenêtre sur la gauche. Cliquez ici pour vous inscrire.
Il cliqua.

On verrait bien

A suivre…

S2 Ep. 05 : La dure loi des mathématiques

courbegauss
(Ceci n’est pas un sexe en érection. C’est une courbe de Gauss.)

Ainsi donc, Marc ne bougerait pas ses petites fesses musclées pour tenter de convaincre des gens de lire son œuvre. C’était décidé, assumé : il se sentirait bien mieux sans jouer aux VRP.
(« C’est pas ça qui va rendre ton feuilleton palpitant », avait persiflé une lectrice volage en refermant la porte derrière lui)
Naturellement, cela ne l’empêchait pas d’aller regarder, de temps en temps, si le Roi du plaquage faisait des siennes sur la Toile…
… Et le livre, étonnamment, poursuivait son chemin en haut des classements. Oh, pas tout en haut, certes : il ne pouvait pas rivaliser avec Harry Potter. Mais il était passé devant Jacques Attali et Maya Banks, c’était déjà ça. Même si, de jour en jour, il s’éloignait des plus hauts sommets. La courbe s’inversait, inexorablement.

– Quand ça commence comme ça, c’est déjà fini, lui dit un Ancien, qui s’y connaissait en chiffres de vente.
– Vous voulez dire que… c’est inéluctable ?

– C’est mathématique : tu seras 300e, puis 500e, puis 1000e, et ça va s’accélérer, jusqu’à l’oubli absolu. A moins bien sûr que Milady ne mijote une vigoureuse campagne de relance. Mais ça n’arrivera pas, n’est-ce pas ?.
Marc sentit un picotement au niveau de l’amour-propre. Par deux fois, il avait tenté de joindre Milady ces derniers jours, elle n’avait pas répondu. Se pouvait-il que…
Apparemment, il se pouvait.
L’Ancien posa une main sur son épaule.
– T’en fais pas. Ça nous arrive à tous, tu sais ? Elle est avec quelqu’un autre, en ce moment, ta Milady. Mais écris un autre livre et elle reviendra peut-être.
Marc eut soudain envie de pleurer. Si tel était son destin, était-il vraiment prêt à embrasser la carrière aussi fougueusement qu’une lectrice volage ?
– Tu peux toujours tenter un coup d’éclat de ton côté, hein ! dit l’Ancien avant de partir d’un grand rire. En quittant la pièce, il ajouta : Si j’étais toi, j’essaierais surtout d’écrire des choses qui m’amusent, le reste ne dépend pas de toi. Allez, salut.

Page de publicité !
Le prochain roman d’Angéla Morelli sort le 12 octobre.
Soyons honnêtes, je ne l’ai pas encore lu, je peux seulement dire qu’elle a pris plaisir à l’écrire…
– … et croyez-moi, dirait l’Ancien, ça, ça ne trompe pas.

Rentré chez lui, Marc poussa un soupir. Qu’elle était donc frustrante, la condition de l’écrivain ! Même quand un livre se vendait, on en voulait toujours plus.
La perspective d’une sortie du livre en papier, en janvier, le ramena à une meilleure humeur. Du papier, du vrai : on pourrait faire une fête, des dédicaces, oui, ce jour-là, il existerait vraiment !

Il se décida une dernière fois demander à Google des nouvelles du livre – après tout, même numérique, il lui vouait une petite tendresse.
Et c’est là qu’il les vit à nouveau… Horreur !

Il se figea devant l’écran de son ordinateur.

… à suivre !

S2 Ep. 04 : Des étoiles dans les yeux (et dans les dents)

Précédemment… Le Roi du plaquage est sorti avec chez Milady, et contre toute attente, le livre s’est hissé dans le Top 100 des ventes de livres numériques… Y restera-t-il ? Tout cela n’est-il qu’un feu de paille ? Parviendra-t-il à écrire le Roman #2 ? Suspense…

notes-ecole-des-fansL’épisode 4 commence par un flashback – attention, révélation sur la personnalité profonde de notre héros ! On y voit le jeune Marc en culottes courtes. Il se présente pour la première fois de sa vie à l’élection de délégué de classe… Mais il est incapable de dire « Votez pour moi », et finit par convaincre ses camarades de voter pour son voisin.

… Vingt ans et quelque plus tard, Marc serait-il capable de dire « Achetez mon livre » ? Bien sûr que non. Sur les choses essentielles, on ne se refait pas.
Et pourtant le livre continuait à circuler. Marc s’était isolé le temps d’un week-end : en rentrant, il constata que Romain figurait toujours à la lisière du Top 100 – sur la liste d’itunes (car on vendait aussi des livres sur itunes), il figurait en 78e place, entre « Corrupteur » et « Erreur casting ». Le monde tournait sans lui, et c’était beau.
Mais au fait, qui le faisait tourner ? Mystère !

Cherchant à comprendre, Marc ouvrit la grande porte du Web. Il découvrit un monde peuplé de lectrices impressionnantes, insatiables, qui n’hésitaient pas à télécharger, recommander, commenter, s’enthousiasmer, qui rivalisaient de jeux-concours et recensaient sur leurs pages facebook toute les sorties de la semaine… De quoi vous donner le tournis.
Poursuivant son exploration, notre héros remarqua alors, sur sa droite, une salle immense où des lectrices s’échangeaient leurs avis sur les livres. C’était donc là, la pièce où tout se jouait ! Les pièces, plutôt, car il y en avait plusieurs, chacune avec ses coutumes : ici on mettait des étoiles, là on notait les livres sur 20, là encore on leur mettait une note sur 10, divisée en étranges critères…
Marc s’amusa de voir que sa note de pédagogie était perfectible (mais qu’au diable pouvait signifier une note de pédagogie dans une romance ?). Il sourit de ce commentaire qui, sous le titre « génial », ne lui accordait que 4 étoiles (ne respecte-t-on toujours pas plus les professeurs au barème sévère?)

… Mais bientôt il fut frappé au plexus par un commentaire négatif. 1 étoile, sans commentaire, sans rien. Qui pouvait bien mettre une seule étoile à un livre aussi inoffensif ? un concurrent jaloux ? un amour déçu? on ne le saurait sans doute jamais.

Les Grands Anciens l’avaient bien prévenu : Tu peux te réjouir de mille louanges, aucune ne te consolera d’un seul avis négatif, disaient-ils. Et sur celui-la seul tu te focaliseras.
Ah, comme ils avaient raison !
Le jeune Moritz avait eu des étoiles plein les yeux, voilà qu’il suffisait de lui mettre une seule étoile dans les dents pour tout gâcher.

Marc songea (scène intense de conflit intérieur) à se créer un profil sur un de ces sites, histoire de s’offrir 5 étoiles et faire remonter la moyenne. Il hésita quelques secondes, puis s’imagina en train de le faire, et se ressaisit. Non, il ne s’abaisserait pas !
Tu pourrais demander aux lectrices de la saison 1 de republier leur commentaire ? lui murmura une des servantes de Milady. Mais il ne le ferait pas non plus. Il n’avait su dire « Votez pour moi » au collège, il ne saurait pas non plus demander à ses lecteurs d’aller ajouter étoiles et commentaires sur la Toile. Certaines le feraient peut-être, il les remercierait du fond du cœur, et nous en resterions là.

Tout le reste n’était que littérature – et ça tombait bien, il avait un roman à écrire…

…. A suivre !