Viva Angéla !

couple idéal enfin

Craig Anderson est l’auteur de polar préféré de Clara, libraire célibataire et blogueuse à ses heures. Mais le mariage du best-seller est un naufrage, et ses derniers livres s’en ressentent. Sans se connaître, Clara et Craig commencent à s’écharpent sur twitter. Et voilà que, fuyant Londres pour terminer un roman à Paris, Craig croise Clara pour de vrai. Et qu’il est sous le charme…

Je vais faire un aveu : je lis assez peu de romances. Et quand j’en lis, il n’est pas rare que je décroche au milieu – ça ne vous fait pas ça, vous ? Moi, souvent.

… Sauf chez Angéla Morelli.
Peut-être parce que ses histoires sont bien plus que de la romance. Parce que les personnages existent vraiment – et les « seconds rôles » tout autant que les deux protagonistes ! Et surtout parce qu’Angéla, de livre en livre, semble maîtriser avec toujours plus de talent l’art de construire son intrigue et de mener chacun de ses chapitres.

En lisant « Le Couple idéal (enfin) », je l’avoue, j’ai pris des notes.
Sur la façon de nous plonger dans l’histoire en quelques pages. Sur sa faculté à jouer avec les clichés sans jamais tomber dedans – mais plutôt en s’appuyant dessus pour mieux faire vivre ses personnages.
Sur l’art du « cliffhanger en douceur » (jamais grossier mais diablement efficace pour créer ou préserver le suspense) ou celui de transformer une scène imposée en épisode ultra-cute pour les personnages secondaires.
Sur l’art du dialogue, aussi : jamais gratuit, souvent drôle, toujours fluide, avec une voix pour chaque personnage… Citez moi un-e auteur-e capable de faire vivre un dialogue – que dis-je, une scène entière – à quatre personnes avec le talent d’Angéla !
Je pourrais aussi parler des ellipses, des scènes à double enjeu, etc. Je retiendrai aussi ce portrait de Craig Anderson, p. 185, qui ressemble furieusement à un autoportrait de l’auteur en best-seller. Ça lui va bien.

J’ai pris des notes, donc. J’ai aussi pris un pur plaisir à le lire. « Le couple idéal (enfin) », c’est un bonbon pour l’été, c’est un roman qui donne envie de tomber amoureux ET de réunir ses amis en terrasse, de se promener le nez au vent et de regarder la vie autrement, c’est un roman qui donne envie de lire et qui donne envie d’écrire.
Je peux en témoigner : j’ai relu hier les derniers chapitres d’un manuscrit qui approche dangereusement de son épilogue. Les chapitres écrits avant la lecture du Couple idéal étaient nettement moins bons que les deux que j’ai écrits depuis.

On prend les paris ? Dans moins de trois ans, Angéla Morelli sera enseignée dans les écoles de creative writing (je crois que c’est déjà le cas). Et elle sera la scénariste d’une série à succès. Des comédies romantiques pour commencer, et qui sait jusqu’où elle ira.

En tout cas, si jamais vous n’aviez pas encore compris : lisez Angéla Morelli !
Mais peut-être est-ce déjà fait ?
Auquel cas je suis honoré de vous voir encore sur cette page (oui, je vous vois).

… Et si vous êtes encore là, je me permets d’en profiter : vous pourriez me conseiller une romance contemporaine qui serait aussi drôle, intelligente et enlevée que celle-là ?
D’avance, merci !!

A bientôt

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Marc Moritz is back (et il prend son temps)

DSC_0117« Dites-moi donc, Marc, vous n’étiez pas censé écrire une romance de voyage ? Au Portugal, si je me souviens bien.
– Si, si.
– Elle tarde, non ?
– En effet. Mais je vous promets qu’elle sera bien plus longue que le Roi du plaquage.
– Bonne nouvelle ! C’est donc ça qui a pris tant de temps…
– Eh non, même pas.
– Mais alors, quoi ?
– Figurez-vous que j’ai fini par comprendre, cette semaine : ce qui me prend le plus de temps, c’est de renoncer à inclure dans le roman des notes qui me font de l’œil dans mon carnet.
– Heu… Vous voulez dire que ce qui prend le plus de temps, c’est ce que vous n’écrivez pas ?
– Parfaitement ! Je vous explique. Vous avez voyagé, vous y avez pris un immense plaisir, vous avez noirci votre carnet de notes enthousiastes… Mais quand vient le moment d’écrire le roman, il faut bien penser à l’efficacité de la narration. Et là, il faut bien renoncer : à des détails, à des détours. Et croyez-moi, je ne renonce pas facilement.
– Mazette. Quel héros.
– N’est-ce pas ? Et je ne vous parle pas de ce chapitre de 10 pages que j’ai écrit en décembre et que je m’apprête à retirer.
– Noooon ! Mais ne faites pas ça ! C’était quoi, c’était où ?
– Une nuit entière dans Lisbonne. Croyez-moi, quand vous lirez le roman, vous me remercierez.
– Hum. Mais je le lirai quand, alors ?
– Patience. Il est presque fini, promis juré. Mais ensuite, tout ne dépend pas de moi.
– Oh, allez, dépêchez-vous, mince alors ! Je n’en peux plus d’attendre.
– Moi non plus. Allez, à bientôt. »

(…)

« Oh, et dites-moi, pardon, je me disais…
– Oui ?
– Tous ces souvenirs dans votre carnet, là, vous ne voudriez pas en faire quelque chose ?
– Oui, mais je ne vois pas…
– Eh bien, sur ce blog, par exemple : vous y mettriez quelques-unes de scènes coupées au montage. Ou des impressions de voyage.
– Un peu comme les bonus d’un DVD, vous voulez dire ?
– Oui, mais en mieux. Et puis, vous pourriez les publier ici avant la sortie du livre.
– Ah oui, tiens. Il faut que j’y pense.
– Arrêtes de penser un peu, et faites-nous rêver !
– Euh… D’accord. Vous me donnez trois semaines pour arriver au point final, et on en reparle ?
– Trois semaines, pas plus. On peut dire que vous savez faire durer, vous. Allez, filez ! »

(j’ai filé)

(illustration : lectrice attendant le prochain roman de Marc Moritz,
Musea de Bellas Artes, Séville)

Saison 3 Ep. 2 : une semaine plus tard…

Le roman est sorti dans toutes les librairies voici une semaine… Toutes ? Non. Une poignée de points de vente résistent encore et toujours au Roi du plaquage. Ne les jugeons pas. Car contrairement à toutes les prévisions les plus raisonnables, le livre s’obstine à rencontrer un succès inattendu…
Que la tournée des interviews continue !

Marc Moritz, bonjour ! Alors, une semaine après la sortie, un premier bilan ?
– Eh bien… Disons que toutes les attentes ont été dépassées. L’auteur, lui, ne l’est pas encore, mais ça pourrait venir.
– Ah bon ? C’est le raz-de-marée, la couverture de Lire, les paparazzi, les tables des librairies ? Faites-nous rêver !
– Hé hé… Pour la couverture de Lire, je suis désolé, le rédacteur en chef préfère le Dino Porn (et Asli Erdogan).
– Ah, dommage.
– Quant aux librairies… Une lectrice attentionnée m’a envoyé une photo du livre trônant fièrement sur un présentoir dans un hyper du Pas-de-Calais (merci Aurélie). A Paris, en revanche, si on fait le total des librairies indépendantes qui ont eu l’audace de référencer le livre, on arrive à zéro.
– C’est peu.
– Paris n’a jamais vraiment compris le rugby. Mais ça va changer! A Montmartre, une librairie organise une Soirée Plaquage pour la Saint-Valentin…
– Génial ! Et les critiques, alors ? J’en ai vu de dithyrambiques !
– Oui ! Je m’étais promis de ne pas les lire, mais on ne peut s’en empêcher – surtout quand elles sont aussi sympathiques. Ça fait plaisir. Mais si vous voulez bien, on en parlera dans une autre interview…
– Euh… D’accord, mais vous n’auriez pas un scoop croustillant, juste pour moi ?
– Allez. Je peux vous dire, par exemple, qu’en cette minute-même, le livre est entre les mains de Christian Califano – un ancien grand pilier de l’équipe de France de rugby.
– Noon ! Si ça se trouve, il va adorer !
– Si ça se trouve, il va bien rigoler.
– Hi hi. (la journaliste se rapproche) Et les ventes, dites-moi… Vous n’en parlez pas, mais… Les lectrices s’arrachent-elles le maillot de Romain ?
– Vous voulez vraiment savoir ?
– Oui !!!
– Eh bien… Pour l’édition papier, je n’en sais rien. Mais la surprise, c’est que la version numérique s’est remise à décoller, elle est revenue dans le Top 100, comme en septembre. J’ai regardé hier le classement numérique d’Amazon, le Roi du plaquage était 69.
– 69 ? J’en suis toute retournée.
– Vous voulez un sucre ?
– Non, non, ça va, je vous remercie, je vais rentrer… Vous voulez bien me raccompagner ?

(à suivre)

Interview exclusive

En préambule de la saison 3…
Car oui, aujourd’hui le Roi du plaquage sort dans le grand monde, dans son format poche aux couleurs chatoyantes, avec son prix encore plus raisonnable que son héroïne !
En attendant la suite des aventures (elles commencent déjà, mais chut! attendons la suite), une interview exclusive de l’auteur réalisée le Jour J…
C’est parti !

– Marc Moritz, c’est donc le grand jour ! Comment vous sentez-vous ? Pas trop tendu ?
– Eh bien… Pas vraiment, non.
– QUOI ?? Mais normalement vous devriez être en train de sauter de joie et de frissonner de peur.
– Euh… Là, je bois un café et je m’apprête à prendre une douche. Comme hier, en fait.
– Mais c’est un jour exceptionnel ! Votre première publication papier, votre histoire qui enfin existe physiquement…
– Eh oui. Mais vous savez, pour l’auteur, un livre qui sort, c’est un peu une page qui se tourne.
– Wow ! Je peux noter cette citation.
– C’est offert.
– N’empêche que, hein. J’ai regardé ce que font les autres auteurs. Normalement, aujourd’hui vous devriez publier un statut « Maman maman je tremble ! » pour que les amies et lectrices viennent vous réconforter…
– Ah ? Je crois que je ne saurais pas faire, désolé. Ce qui ne veut pas dire que ça ne me ferait pas plaisir que des amies et lectrices viennent me réconforter.
– Je peux venir, alors ?
– Allez. Je vais vous faire une confidence : l’auteur est toujours heureux de toucher le cœur des lecteurs comme de caresser la couverture de son livre. Mais s’il se met à croire qu’il peut avoir une quelconque prise sur tout cela, il se prépare un bel ulcère. Mieux vaut qu’il se concentre sur le livre suivant.
– Oh, Marc, mais tant de sagesse, c’est de la folie !
– Vous voyez, on est tous un peu fous, quelque part.

Stay tuned!

S.2 Ep.08 – Gloire matinale

gloire-matinaleLes scénaristes sont parfois facétieux…
(c’est aussi qu’ils sont soumis aux aléas du Marché : comment écrire la fin d’une saison 2 quand on ne sait pas s’il y aura une saison 3 ? Ou quand l’actrice principale est injoignable depuis 2 mois ?)

… Nous avions laissé l’impétueux Marc Moritz aux prises avec une bande de pirates pas très dangereux mais très pénibles, et sans nouvelles de l’indomptable Milady.
Et soudain, alors que 2016 touchait à sa fin, rebondissement !
Notre héros retiré au bout du monde pour écrire un prochain chef d’œuvre, reçoit de bon matin la visite d’un pigeon voyageur. A sa patte, un papier rose signé de Milady, entouré d’un petit nœud façon cadeau de Noël.
– Mon petit Marc, vous savez que vous faites un carton sur la Toile ? disait le mot. Rentrez-donc à Paris, j’ai une surprise pour vous. 

N’écoutant que son cœur et le doux appel des droits d’auteur, Marc enfourcha sa fidèle Clio et fonça vers la ville où l’attendait son éditrice.
– Me croirez-vous si je vous dis que nous avons vendu plus de 1000 Rois du plaquage en numérique ? demanda-t-elle en préparant un café dont elle avait le secret.

Il n’en crut pas ses oreilles. 1000 exemplaires ? Pour un auteur inconnu sans la moindre promotion, ou si peu ? C’était impossible.
Milady sourit de l’incrédulité de son jeune poulain :
– Ce n’est pas encore la gloire, mais vous avez des fans ! Et dites-moi : après avoir cartonné en numérique, ça vous dirait de sortir en poche, avec une belle couverture cartonnée ?
– Vous voulez dire… En papier véritable ?? Avec un prix abordable, et la possibilité d’écrire une dédicace sur la page de garde – un vrai livre, quoi ?
– Rien de moins.
– Mais… Mais bien sûr ! Je peux vous embrasser ?

… Et l’affaire fut conclue.
L’édition de poche sortirait fin janvier, tirée à quelques milliers d’exemplaires.
Il y aurait bien une saison 3.

– Je vous enverrai bientôt le projet de 4e de couverture, il faudra me le valider en vitesse, et puis zou ! à l’imprimerie ! poursuivit Milady. Nous n’avons pas de temps à perdre, les tables de librairies commencent déjà à se garnir.
Et c’est ainsi que Marc Moritz, qu’on avait connu en jouvenceau auto-publié sur une obscure plateforme web dans la saison 1, prit conscience de l’arc narratif qui serait le sien en troisième saison : Le Roi du plaquage allait-il survivre dans le monde troublant et fascinant de la Librairie, ou serait-il avalé tout cru par des monstres de papier ? Suspense !

Marc trembla légèrement, mais il n’en montra rien à Milady.
Il avait hâte.

S.2 Ep.07 – Plouf.

… Cliquez ici pour vous inscrire, disait le site pirate.
Marc savait que c’était une mauvaise idée. Amis, bon sens et commentateurs l’avaient averti du danger, mais il était décidé à le braver, pour cette raison imbécile que connaissent toutes celles et ceux qui, un jour, sortent un livre : il fallait bien faire quelque chose.
Il aurait mieux fait de relire Sénèque, mais le lâcher-prise n’est pas la chose au monde la mieux partagée en tout cas, il se partage moins facilement que des pdf piratés, ricana Marc, qui l’avait encore mauvaise. 

abordage-piratesIl cliqua.
Son plan était simple : s’intégrer l’air de rien dans la conversation, et attendre que quelqu’un sur le forum se dise : « Eh, mais c’est vous l’auteur ?? »
Un peu comme si le capitaine d’un vaisseau de marine marchande montait en habit sur le pont d’un bateau pirate et engageait la conversation avec les matelots :
– Beau temps aujourd’hui, non ?
– Ouaip, on peut pas s’plaindre.
– Ce sont de bien belles étoffes que vous avez là
– Ca? Un petit lot qu’on a récupéré la semaine dernière…
– Et vous l’avez eu comment ?
– Ben, comme d’hab.
– C’est à dire ?
– Bah, on a accosté le bateau et on s’est servi. La routine, quoi. Pourquoi ?
(...)

Bref, c’était perdu d’avance. Mais il se disait que ça lui ferait une expérience – une pierre de plus dans le jardin de la Connaissance du nouveau monde numérique. Et un nouvel épisode haletant pour ce feuilleton.

… Et puis finalement, rien.
Non que notre héros se soit débiné – qu’allez-vous croire. Mais on ne monte pas si facilement sur un bateau pirate.
Il pensait entrer un nom et un mot de passe, et hop, accéder aux forums, mais c’était plus compliqué que cela. Une fois qu’il eût cliqué, on lui expliqua qu’il lui fallait envoyer un mail aux modérateurs. On le renvoyait aussi vers le règlement du site, qui stipulait que
1. les contributeurs n’avaient pas le droit de mettre en ligne des fichiers qui ne seraient pas libres de droit
2. le site n’était responsable de rien.

Et là, tout de suite, le combat changeait de nature. Ce n’était plus Marc Moritz contre Cristine (sans H), Didouchka et les autres. C’était le petit auteur contre le Monde moderne, la déresponsabilisation 2.0, etc.
Il lui restait le choix d’envoyer un mail aux modérateurs, en demandant de faire retirer la page, etc, comme une lettre d’avocat. Tout de suite, côté feuilleton haletant, c’était beaucoup moins intéressant.
Il laissa la nuit lui porter conseil.
Mais la nuit apporta bien plus que ça.
Quand il revint à son ordinateur, le lendemain matin, le site était « en maintenance ». Deux jours plus tard il l’était encore. Et quand il fut de nouveau en ligne, la page du Roi du plaquage avait disparu.
Milady était-elle intervenue dans le dos de son jeune protégé ? Il le saurait peut-être un jour.
En tout cas, pour la piraterie, c’était fini.

… J’entends d’ici la lectrice en colère : Ah ouais, tout ça pour ça !
C’est le lot des feuilletons live : la vraie vie, fût-elle 2.0, n’est pas toujours romanesque.

Mais qu’elle apaise sa fureur. car pour notre héros, l’épisode n’aura pas été vain.
En effet, lorsque le lendemain la fieffée Cristine revint à la charge pour republier le livre sur le forum, il se rendit compte qu’il s’en foutait autant que de son 1er mp3.
Un cap était franchi, on commençait à voguer tranquillement vers le prochain livre.
En attendant, il y aurait encore quelques soubresauts, des lectrices inconnues continueraient de glisser des commentaires inattendus sur Amazon (n’hésite pas, au fait, hein) et ça le mettrait en joie.
Puis bientôt il n’y aurait plus rien que le calme, le travail et peut-être un peu de volupté.

Sisyphe était un auteur de romans, je crois. 

A bientôt!

S2 Ep. 06 : La rançon du succès

Résumé de l’épisode précédent : sans nouvelles de Milady, Marc Moritz affronte seul le monde du Livre Numérique. Les Grands Anciens lui intiment de se concentrer sur le livre suivant, mais Marc a ses faiblesses : un soir, il demande à la Toile des nouvelles de son livre, et là…

… Mais qui Marc avait-il donc vu ?
(musique angoissante, zoom sur l’écran (un peu poussiéreux) de l’ordinateur)
bateau-pirateC’était les mêmes qu’à l’épisode 1 : des internautes vêtues de pyjamas roses qui, dans la plus pure des virginités, s’échangeaient des fichiers piratés en s’exprimant par smileys.
« Epubs français gratuits et libres de droit ! » proclamait le site, comme une provocation.

Libre de droit, mon cul, jura notre héros, qui avait ses faiblesses. Puis il inspira longuement et repensa à la sagesse des Anciens : « le piratage est la rançon du succès, mon petit ; laisse pisser, ça va passer ». Quel succès, au juste?  pensa Marc. Aux dernières nouvelles, il n’était pas JK Rowling, ni David Foenkinos, ni Rihanna.
Sans parvenir à détacher les yeux de l’écran, il se prit à imaginer une scène équivalente dans le monde physique : un pauvre écrivain s’épuisait à la tâche (hum), faisait publier son livre en espérant que de modestes ventes lui permettraient de payer le chauffage, et voilà que juste sous ses fenêtres mal isolées, des gens venaient en distribuer des exemplaires volés dans l’entrepôt, et s’échangeaient des « Oh, merci, c’est super ! » sans un regard pour l’auteur impuissant.

Sur le site en question, on dépassait déjà les dix « mercis » dans le fil de discussion consacré au Roi du plaquage…
– Il faudrait que Milady fasse quelque chose, quand même, se dit Marc en voyant, en direct, s’afficher un « Merci merci !! » accompagné d’un émoticon façon sourire sardonique.
… Et puis non. C’était à lui d’agir (ou pas).

Mais que faire ? Ruer dans les brancards ? Il n’était pas sûr de vouloir prendre le risque d’un retour de bâton (« eh, rentre chez toi, l’auteur, on s’en fout de toi, on est sur le web on est chez nous, on fait ce qu’on veut!).
Signaler le site à une autorité quelconque ? Ça manquait de classe.

Non, il savait : il allait s’inscrire sur ce forum, sous son nom. Il n’allait surtout pas râler, mais tranquillement s’inviter dans le fil de discussion, et demander la bouche en cœur si Babouchka et les autres étaient satisfaites de leur lecture.

C’était un plan totalement foireux, c’était sauter à pieds jouer dans un panier de crabes, mais qu’à cela ne tienne, il avait envie de tenter l’expérience.
Pas encore membre? disait une fenêtre sur la gauche. Cliquez ici pour vous inscrire.
Il cliqua.

On verrait bien

A suivre…